Une première séance de dédicace pour une autrice de Saint-Jean-sur-le-Richelieu
Dernière mise à jour : 15 mars
Saint-Hyacinthe, 14 mars 2026, 14h40.

Le 7 mars 2026, pour son quarantième anniversaire de naissance, l’autrice native de Verdun, Myriam Sara Del Vecchio, tenait une séance de dédicaces à la Librairie Moderne, située au 1001 Bd du Séminaire Nord à Saint-Jean-sur-le-Richelieu. Elle y est venue présenter bien plus que son premier livre, elle est venue y présenter un concept.
Pour Myriam Sara, tout doit avoir du sens. Rien ne doit être laissé au hasard. Tous les éléments marketing de son lancement et de la séance de dédicace, a un sens. Les nuances noir/blanc de ses éléments décoratifs, le nombre 40 ainsi que son bouquet de 40 roses rouges, les fragments de papiers déchirés, le dessin de couverture représentant un visage caché par un nuage noir tel qu’elle se représente la violence psychologique que lui a fait vivre son ex-conjoint, jusqu’à son choix vestimentaire arborant des jeans troués, à l’image de sa personne qu’elle voit comme la somme de tous ses fragments déchirés.
TDAH, TPL, troubles anxieux généralisé, hypersensibilité, tous ces termes ne sont que des étiquettes. Pas pour Myriam Sara Del Vecchio. Myriam Sara les aime, ses étiquettes. Les étiquettes sont pour elle un mode d’emploi. «C’est comme les étiquettes sur les vêtements, ça nous dit quoi faire». Ces étiquettes permettent à Myriam Sara de comprendre et d’expliquer aux autres qui elle est, comment son cerveau fonctionne. Ce sont ces étiquettes, jumelées aux fragments de son histoire de vie, qui font d’elle la personne qu’elle est aujourd’hui.
À l’opposé, les étiquettes ne sont pas bonnes pour tous: «Pau-Paul assis dans son salon à boire sa bière, c’est pas pour lui les étiquettes». Parce que Pau-Paul ne les connaît pas ou ne les comprend pas ces étiquettes-là. Myriam Sara explique que c’est Pau-Paul qui n’est pas à l’aise avec les différences. Ses inconforts face aux différences l’empêchent de comprendre les personnes aux prises avec des enjeux de santé mentale ou plutôt marginalisés par la société. Myriam Sara espère que son premier livre pourra changer l’opinion autant que l’attitude des gens face aux problèmes de santé mentale. «Si ça parle juste à une personne», me confia-t-elle, ça aura valu la peine d’écrire ce livre.
Depuis l’annonce de son diagnostic, comme Myriam Sara l’explique dans son livre, elle voit ces étiquettes comme différentes facettes de sa personne. Ainsi, une de ces facettes est dominée par un Trouble du déficit de l’attention avec Hyperactivité (TDAH), alors que les autres parties d’elle sont dominées par son Trouble de la personnalité limite (TPL, mieux connu sous son terme anglais de Borderline Disorder), par son trouble anxieux généralisé ou par son hypersensibilité.
Quand Myriam Sara parle avec les gens, on l’entend souvent dire, à propos de son TPL, qu’il est encore présent. Moins fort, mais quand même là, «un peu trop à mon goût» dit-elle à une amie. C’est surtout que, et elle l’explique dans son livre, elle traverse en ce moment même une phase de sa vie où c’est davantage l’anxiété qui domine ses quatres “étiquettes”. Elle me confia même qu’il lui arrive encore de «péter des coches», mais sur une base beaucoup moins fréquente, ainsi qu’avec une intensité moins sévère. Malgré tout, Myriam Sara croit qu’il y a encore du travail à faire en matière de sensibilisation au TPL. C’est-à-dire qu’elle perçoit encore que monsieur madame tout le monde comprend mal ce qu’est le TPL. Souvent le terme est compris comme schizophrénique, dans le sens où, en entendant le mot «personnalité», les gens pensent à tort que la personne a plusieurs personnalités. Mais ce n’est pas le cas, et par son livre, Myriam Sara tente d’expliquer ce qu’une TPL mange en hiver.
Son deuxième livre est déjà écrit - elle le publiera dans un avenir proche: Déclasser - mais commençons par le premier, qu’elle a commencé à écrire suite à un épisode de psychose. Elle me raconte: «J’étais assise sur mon divan, c’est comme si mon esprit était sorti de mon corps, je me suis vue assise, puis je me suis dit “là tu vas t’lever pi tu vas écrire”...», suite de quoi elle aurait entamé l’écriture de son premier livre Les fragments d’une TDAH: Récit brut d’une TPL en reconstruction et de son deuxième livre, Déclasser.
D’abord, de quoi parle-t-elle lorsqu’elle parle de fragments? Myriam Sara exprime sa vision de son histoire de vie, comme d’un livre brûlé, qui ne contient plus qu’un amas de fragments de papier déchirés. Sa ligne de vie comporte une série d’événements qui l’ont déchiré; il ne reste qu’une certaine quantité de fragments de celle qu’elle aurait pu être, et elle nous déplie chaque morceau pour y lire son contenu. Ces fragments de papier qu’elle nous déroule nous donnent une bonne vue d’ensemble de la réalité d’une personne vivant avec ces étiquettes TDAH, TPL, trouble anxieux généralisé, hypersensibilité, ou ce que l’on pourrait nommer neuroatypique.
Sa mère, son père, ses trois enfants et son conjoint, de même que ses beaux-parents et quelques amis sont venus l’encourager, bouquets de roses à la main. Son mari est arrivé les mains pleines d’un bouquet de ballounes, noires et blanches, des mêmes deux nuances que son concept marketing. Il y a certainement un lien à faire entre ces deux nuances blanche/noire, et le TPL. C’est-à-dire que le TPL implique qu’il n’y a pas d’autres nuances que blanc ou noir, vrai ou faux, gentils ou méchants, etc; ce que la psychologie appelle la dichotomie. D’ailleurs, Myriam Sara dira aux personnes sur place : «Y’en n’a pas de nuances avec moi, c’est noir ou c’est blanc, c’est toute».
Myriam Sara m’a raconté comment son frère avait plus d’affinité avec sa mère, et qu’elle avait plus d’affinité avec son père. Ses deux parents ont aimé également leurs deux enfants, mais Myriam Sara affirme qu’elle ressemble beaucoup plus à son père. Lui aussi a un franc parler, n’a pas de filtre, n’aime pas lire, et ne passe jamais par plusieurs chemins. Myriam Sara m’expliquera que le fait qu’elle soit une femme a fait en sorte qu’elle n’a pas reçu le même degré d’approbation et d’acceptation que son père. Selon elle, il est socialement accepté d’un homme qu’il ait ce genre de traits de caractère, mais que pour une femme, c’est autre chose. Myriam Sara l’explique également dans son premier livre, son franc parler et son fort caractère lui ont souvent valu l’étiquette de «trop». Si elle avait été un garçon, il est probable qu’elle n’aurait pas vécu autant le sentiment d’inadéquation, qu’elle appelle «clash». Myriam Sara a conscience que ses enjeux de santé mentale - ses étiquettes - ont davantage eu un impact sur sa mère. Selon l’auteure de 40 ans, quand Myriam Sara faisait jaser d’elle, sa mère se voyait forcée de défendre sa fille, de l’expliquer à son entourage. Au sujet de ses parents, Myriam Sara dira qu’elle est «la preuve que même avec les meilleurs parents du monde» tu peux avoir des enjeux de santé mentale. De fait, et elle l’explique dans son livre, malgré que ses parents l’ont aimé, protégé, encouragé, etc., ça ne change pas le fait que Myriam Sara ait ces traits de personnalité. Relativement à son frère, Myriam Sara m’a confié qu’elle a téléphoné à son frère à quelques reprises au cours de l’écriture de son premier livre. Elle m’a expliqué, et elle en parle dans son livre, qu’elle prenait conscience du mal qu’elle avait fait à son frère. Son besoin d’être acceptée telle qu’elle est a fait de leurs différences une source de souffrances qui ont mené Myriam Sara à parfois manquer de respect envers son frère au cours de leur enfance. Mais son frère, lui, ne lui en n’a jamais voulu.
Quant au mari de Myriam Sara, M-A est bien plus qu’un mari, il est pour elle un appui. Ne parlez pas à M-A des étiquettes de sa femme, il ne s’intéresse nullement aux enjeux de santé mentale. Mais à sa façon, il soutient Myriam Sara dans sa quête de sens. Il n’est pas celui qui tend l’épaule pour qu’elle pleure, mais il l’encourage, à sa manière. Parfois, pour savoir comment va sa femme, M-A demande à Myriam Sara si la lune est dans poisson, référant à son signe du zodiac. Pour Myriam Sara, «y’a pas rapport, c’est le contraire là. Quand la lune est dans poisson, je suis en-dedans de moi, j’suis full dans l’introspection pi toute là». Mais c’est sa façon à lui de jauger l’humeur de sa femme afin de savoir comment mieux interagir avec elle. Il ne s’étendra pas sur les diagnostics de sa moitié, mais elle peut compter sur lui pour appuyer ses démarches de reconstruction de soi.
C’est d’ailleurs M-A qui a payé pour le matériel marketing de son livre, tout comme il s’est assuré que Nana, de par son débordement de vie, ne vient qu’à trop stimuler Myriam Sara qui vit déjà beaucoup d’émotions fortes pour cette séance de dédicace. Sans que sa femme s’en rende compte, pendant qu’elle parlait avec une amie, M-A chuchota à leur fille Nana; «là tu t’en viens avec moi, pi j’veux pas entendre un mot, on s’en va pi on va revenir tantôt». La mère de Myriam Sara répondit à M-A que leur petite dernière pouvait rester si elle le désirait. Mais M-A insista, lui expliquant qu’il ne veut pas que leur Nana «siphonne» sa femme. Myriam Sara ne le sait pas encore, je lui raconterai lors d’une accalmie, et elle me répondra à propos de son mari, qu’il «agit derrière mon dos, sans que je le sache».
Elle me dira par la suite qu'elle a «pris le choix de sa mère», pour m’expliquer qu’elle n’était pas naturellement attirée par M-A, elle préfère les durs à cuire. Mais sa mère connaît bien les besoins de sa fille et elle a toujours préféré M-A à tous ses autres candidats. Myriam Sara a donc choisi l’homme que sa mère préférait, et l’on comprend qu’elle ne regrette pas son choix. Sur ce point, lorsque Myriam Sara me parle de son dernier épisode sombre, elle m’explique que M-A l’a aimé au point de la laisser tomber en chute libre. Il aurait pu intervenir pour l’empêcher de commettre des erreurs qu’elle regretterait par la suite, mais M-A savait que son épouse se devait de tomber jusqu’au fond du baril pour pouvoir s’en sortir. C’est pour Myriam Sara une preuve d’amour de savoir qu’une personne soit prête à souffrir pour lui permettre d’enfin se découvrir complètement.
Lors de la séance de dédicace du 7 mars 2026, Myriam Sara n’a pas que signé ses livres. Elle s’est ouverte à 360°, prenant le temps d’écouter les personnes venues la rencontrer. Plus qu’une simple séance d’autographes, l’auteure a offert de longs instants d’échange avec ses lecteurs afin de pouvoir leur écrire une pensée qui parle d’une manière personnelle à chacun.
Ayant récemment entendu parler de haut potentiel émotionnel (HPE), je n’ai pas pu m'empêcher de reconnaître qu’il est possible que Myriam Sara en soit. En lisant son livre Les fragments d’une TDAH : récit d’une TPL en reconstruction, j’ai reconnu les 20 caractéristiques associées au HPE. Le problème, c’est que le concept de HPE est encore en quête d’une reconnaissance de la communauté scientifique.Pour ces raisons, il n’est pas possible de recevoir un diagnostic de HPE. En revanche, cela ne signifie pas que le phénomène n’existe pas. Au contraire, de grands auteurs scientifiques ont écrit sur le sujet, pour la plupart en France, mais ils sont marginaux. En tout cas, Myriam Sara pense de cette idée que «c’est peut-être là où c’est assez d’étiquettes. Est-ce que j’ai un fort QI? Peut-être, tu sais, une femme m’avait dit, quand j’étais jeune, que j’étais un enfant Indigo».
Bref, Myriam Sara est beaucoup plus que la somme de ces fragments, plus que la somme de ces étiquettes/diagnostics/mode d’emploi. Elle est une jeune entrepreneure inspirante, vivante, sage et vraie. Elle est une fille qui honore ses parents, qui aime et enseigne à ses enfants tout en estimant que ce sont ses enfants qui lui enseignent parfois, elle est une épouse qui s’avoue inadéquate, insuffisante, mais reconnaissante. Elle est une amie qui écoute, fait réfléchir et fait rire. Elle est une écrivaine qui sait exprimer ce que vivent les gens aux prises avec blessures du passé ou aux prises avec des enjeux de santé mentale. Elle va plus loin que la vérité, elle transperce les idées préconçues, elle bouscule nos concepts. Son livre vaut son pesant d’or, je le recommande à toutes les personnes ayant reçu un ou plusieurs diagnostics tels que TDA/H, TPL, trouble anxieux généralisé ou hypersensibilité.
Myriam Sara Del Vecchio sera présente au Salon de la littérature québécoise à Saint-Paul d’Abbotsford les 20 et 21 mars prochain, à la salle des Loisirs au 35, rue Codaire. Elle sera également présente au Salon du Livre de Québec le 11 avril, ainsi qu’au Salon du Livre de Verdun le 25 avril. Vous pouvez vous procurez une copie de son livre Les fragments d’une TDAH: Récit brut d’une TPL en reconstruction dans toutes les bonnes librairies pour si peu que 19,95$, ou en format numérique au coût de 9,99$.





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